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Il paraît que dix ans ça suffit, que nous avons un problème, qu'il faudrait retourner dans le silence, que nous sommes féministes. Comment ? Il est de mauvais goût de rappeler les injures, les inégalités, la misogynie, le sexisme, les mensonges passés sous silence par toutes les religions et tous leurs complices ? Faudrait -il ouvrir un œil de temps en temps et vite le refermer parce que le monde moderne semble guéri ? Il paraît que quand nous élevons la voix nous sommes agressives, il faudrait rester là et accepter d'être taxées d'hypersensibilité maladive, ne pas faire de vague, ne pas déranger l'ordre établi. C'en est assez d'entendre les plaintes, c'est gênant tout ce bruit ?


Ayant pris le pouvoir par la force, les hommes se sont emparés de l'exclusivité de la parole. L'annulation de la femme, dans tous les domaines, écrite par des écrivaines pionnières est tellement vaste qu'il fallait que la science rassemble tout ça. Par un effet nommé "l'effet Matilda", Margaret W. Rossiter pose une pierre à l'édifice des chercheuses de vérité. Peut-être pierre posée à la cité des Dames que Christine de Pisan, première auteure de la littérature française, construira pour que des femmes soient à l'abri des calomnies. Dans cette cité imprenable, femmes du passé, guerrières, artistes, savantes, amoureuses et saintes se côtoient, celle du présent et de l'avenir y ont une place. Nous pourrions y voir cette Dame, Christine, accueillir Françoise Gange, Arianne Buisset, Merlin Stone, femmes qui ont quitté ce troisième millénaire à bout de souffle, dont les écrits font découvrir sous un jour nouveau les injustices où vivent les femmes depuis plus de deux mille ans et mettent l'accent sur l'impossibilité de la naissance de l'être humain à part entière sans la restauration de la partie sensible, féminine de la femme et de l'homme.

Il eut été facile de lire et de qualifier leur travail, leur étude de courageux et révolutionnaires, puis de refermer la porte pour ne pas voir l'ampleur des dégâts, mais comme nous avons la nécessité de sortir du silence et ne pas retourner là où l'on voudrait nous voir croupir, peut-être pourrions-nous demander quelle a été la nécessité de ces femmes qui les a poussées malgré les résistances, les refus, les oublis, les maladies pour certaines, et jusqu'à la mort pour Margueritte Porete, à témoigner. Un besoin de dénonciation, de vengeance, un manifeste ? C'est peu probable au regard de l'immense attention pour l'être humain dont ces femmes ont fait preuve, de l'amour et de l'intelligence qui animent leur ouvrage. Nous ne pourrions pas trouver une once de haine dans leur parole, aucun déni de la Vie ; toutes parlent d'ouverture pour la libération du féminin et masculin conventionnel pour devenir un être humain.


Leurs écrits sont un appui, un édifice, une mémoire qu'i est bon d'honorer et ne pas laisser sombrer dans l'oubli. Elles ne se sont pas lavées les mains du sort de l'avenir de celles et ceux qui vivent sur notre planète et ceux qui naissent chaque seconde.

Elles ne dénoncent pas la misogynie, le viol ou l'inégalité des sexes pour punir, fustiger ou fermer le débat, débat il n'y a pas puisque qu'une seule voix a autorité, celle de l'homme. Au contraire en mettant la lumière sur des faits jusque-là très peu connus sur l'invisibilisation de la femme, elles sont des phares pour tout chercheur qui veut apprendre à sortir de l'ignorance dans laquelle nous sommes plongés.

Christine de Pisan s'adressant aux Dames de France et d'ailleurs a dit " Vous qui êtes mortes, vous qui vivez encore et vous qui viendrez à l'avenir réjouissez-vous "


Il est à craindre que nous ayons encore longtemps besoin d'écriture, celles de ces grandes Dames, et la nôtre, femmes de ce temps, qui nous empêche de nous taire, aux vues de la pérennité des préjugés et de l'immobilisme des institutions.

Les obstacles sont encore là et cherchent à museler les tentatives des femmes qui sont en droit de parler, de faire connaître leur monde, leur expérimentation, leurs richesses.

Un immense merci, une amitié profonde pour ces femmes qui ont marché, parlé et continuent de le faire dans ce monde.

Quelle est cette interrogation qui bouleverse mon entendement, m’éloignant des voies habituelles où je range ma raison raisonnante et qui m’invite à explorer une part de moi-même inviolée par la logique de ma compréhension ?

Quelle initiation se révèle dans cette question, lorsque tentant d’y répondre, je suis déviée de tout effort pour m’approcher d’une réponse toute faite, mise en échec face à l’échec de moi-même, me cognant à mes propres limites, pour me retrouver ‘cul par terre’, pauvre des seuls outils connus par ma raison. Qui vit là pour se dévoiler, se rendre visible à mon regard un fugace instant et colorer une solitude de plus de vie.

De quelle Vie ai-je donc privé mon corps, que par ignorance et négligence, par croyance j’ai considéré comme une annexe de mon esprit, un auxiliaire qui ne serait que le véhicule d’une partie mentale, intellectuelle, révérée et élevée à un noble rang. De cette monarchie, je n’ai rencontré que l’assèchement de moi-même, vide de désirs autre que ceux suscités par des stimulations extérieures, et devenue avide d’un sens dans lequel il me fallait engouffrer une vie, la mienne.

Quel est ce corps, à nouveau confié dans l’espace d’une Voie d’initiation ? Qui est-il et quelle nécessité habite ce lieu, habituellement comprimé et dans lequel je n’ai pu déposer que ma petitesse. Est-il possible d’envisager que je n’ai jusqu’à présent que tenté de faire passer toute pensée, initiative, à travers le chas d’une aiguille, rendue sourde et muette à une autre noblesse, privée de mon esprit le plus haut ?

De quelle mère puis-je être la fille lorsqu’elle celle-ci vit dans chacune de mes cellules ? Et de quelle fille puis-je être la mère, si je suis contenue dans un espace plus vaste que ma pensée ?

Quelle est cette Vie lorsqu’il m’est donné de m’étonner qu’un Maitre vive dans une question ? Et avec lui, une lignée conduisant à une tradition de femmes, les Femmes Toltèques, porteuse d’une origine mémorielle spécifiquement féminine.

Se pourrait-il que vive une initiée qui puisse rejoindre ce lieu, d’un espace féminin rêvé, protégé par le secret d’elle-même, me conduisant non pas à une réponse mais à la réalisation de cet acte sacré, mariage d’une initiation à une autre ?

Je vous écris, vous ne me connaissez pas, mais moi oui. Vous êtes l’auteur de la fameuse grotte qui hante l’humanité de son ombre depuis trop longtemps. Vous ne m’avez jamais consultée moi la femme, et j’ai suffisamment attendu. Je vais donc vous dire ce que vous semblez ignorer.

La grotte sur laquelle se reflètent les ombres, je l’ai appris à mes dépens au fil des siècles, n'était que la peur de moi-même. On m'en a enfin informé. Celui qui m'en a informé, c'est mon corps vivant, celui qui m'en a sorti, c'est le désir de mon propre corps, de ma propre vie. Ce désir enfin dilaté, après avoir été analysé, conceptualisé et passé dans la moulinette de votre logorrhéique Logos. Aujourd'hui, ce désir je l'appellerai « elle », car depuis tout ce temps, l’homme qui s’est inscrit dans votre lignée n’en a rien fait.

Vous comprendrez que je décide de quitter cet endroit nauséabond dans lequel l'humanité toute entière est prisonnière. C'est le corps éveillé que je choisis de sortir, de me libérer de vos lois et d'entrer dans le monde. Non, je n’ai pas peur de moi-même. Ce moi-même, je ne veux pas le connaître, lui me connaît mieux que personne. Et lui a peur de vous. Goûtée, analysée, explorée, il s’avère que cette peur je ne l’ai pas reconnue. Sans doute, est-ce la vôtre ! J’évite le gouffre infernal de l’introspection, je saute par-dessus le canyon sans fin de la dialectique, et je m’enfuis à toutes jambes de la caverne des horreurs !

Vous serez sans doute étonné, cher monsieur, qu’une fois sortie de la grotte le soleil ne m’accable pas, non, tout se passe bien ! Il réchauffe mon corps, nourrit mon âme, rencontre à travers mes pores la vie qui déferle si intensément dans mes cellules. Au contact de son propre mystère, mon corps n’a que faire de vos interprétations, il n’a pas besoin d’être éduqué, lui n’a pas peur, car il a sa propre loi, et sa propre intelligence. Il est le lieu dans lequel le mystère s’incarne, c’est lui qui l’a choisi. Là mon ami, vos concepts, théories, et votre savoir fondent comme neige au soleil, et vous me pardonnerez ce jeu de mots sans doute un peu quelconque à vos yeux.

Retourner dans la caverne ? Vous n’y pensez pas ! Ou alors si, mais seulement pour voir danser mon ombre sur les parois en la joyeuse compagnie de femmes elles aussi sorties de cet enfer. Vous me trouvez impudente, incompréhensible dans ma parole et mon désir de vivre ? Mais enfin, cher philosophe, qui de nous deux heurte l’humanité, la rend toute petite, à genoux ? Une humanité, captive de cette prison mentale, réduite à repeindre sans cesse le même mur, avec l'espoir qu'il prendra la couleur du ciel ?

Admettez-le, j’ai bien meilleure mine. Mes yeux ne sont pas cernés par les insomnies, mes joues ne sont pas creusées par l’ascèse, mon dos n’est pas courbé par la honte de ma propre limite.

Dans le monde qui est le mien, je retrouve au-delà de vos limites cet espace où le corps respire et où je peux donner naissance à un autre esprit, ou du moins à une autre version de cet esprit, hors de toute logique.


Je ne vous embrasse pas, le désir m’en manque.

Bien à moi,


Une femme du lundi ?