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Billet d'humeur

Celui qui a écrit « l'enfer c'est les autres » n'a jamais vécu l’expérience du confinement. Entre nous, il aurait sans doute même rencontré des difficultés à le conceptualiser. De là à penser que je ferais bien de rafraîchir régulièrement mes références, voire d'accorder une valeur nouvelle à l'expérimentation, il n'y a qu'un pas.

Sans questionner du tout l'urgence sanitaire et les mesures prises en conséquence, je m'interroge sur cette nouvelle situation créée par le chacun chez soi. Et n'ayant pas un choix important sous la main, puisque j’écris ce texte pendant l'un des confinements, je me prends pour objet d'étude.

Un premier constat s'impose : les autres me manquent. Les amis, la tendresse, le visage, la présence et le sourire des êtres proches. Rien de surprenant dans cette observation, c'est même plutôt rassurant. Mais je réalise ensuite autre chose : celui qui mange bruyamment au cinéma, qui parle très fort au téléphone dans l'ascenseur, et celle à qui je dois résister pour qu'elle n'envahisse pas ma vie privée avec ses questions, à qui je tends vite vite la main pour éviter une bise malvenue ; ceux-là aussi me font défaut. Voilà qui est bien inattendu. Me manque donc également l'autre qui me fait râler, que je ne comprends pas, qui me gêne, que je n'aime pas en fait !

Je suis interpellée, seule sur mon canapé : j'aurais donc besoin de la contradiction et de la friction ? La rugosité de l'autre me serait nécessaire ? Regardant de plus près pour comprendre – l'ennui a des avantages –, je constate que cet autre-là vient m'éprouver. Moi qui me crois géniale ou nulle – ce qui revient au même –, je ne me satisfais pas de le croire, non, j'ai besoin de la relation pour l'expérimenter.

Confortablement confinée chez moi et dans mes certitudes, je réalise également que se trouve renforcée ma tendance, déjà habituelle, à penser que ma manière de vivre, de penser et d'être sont des modèles du genre. Et cette tendance-là a un goût amer. Où es-tu, toi qui me montre, parfois ostensiblement, que moi aussi je te dérange ? Et qui de fait me déplace. Sans toi pour me gêner aux entournures, je ronronne, je ronfle, je m'affale, bref je m'endors.

Observant encore, jetant un œil attentif autour et à l'intérieur, je me découvre limitée. Je n'ai que moi, ma personnalité, mes opinions, et… j'en fais vite le tour ! C'est une visite guidée quelque peu répétitive et lassante. Ce serait donc l'étrangeté chez l'autre, ce que je ne contiens pas, qui m'est nécessaire ? Voilà qui expliquerait l'invraisemblable manque de celui qui ne me plaît pas : chez lui, bien sûr, l'étrangeté me saute au visage.

Finalement, il faut m'y résoudre et clamer haut et fort mon besoin d'inconfort : vive la fin des confinements et le retour du dérangement !

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