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Halte au massacre


Elle a dix ans et rêve d'un monde à aimer. Un monde qui se forme dans son corps. Son corps qui sent qui vibre et qui ressent. Elle a dix ans et sur son chemin de femme, elle marche depuis qu'elle est née et personne ne la voit.

La femme est là, sensuelle, sensible, perceptible, clairvoyante dans son corps d'enfant.

Elle se nourrit de tout ce qu'elle voit et entend, de tout ce q'elle touche et goûte. Délice sur délice elle apprend et ne peux pas comprendre en regardant ceux qui se nomment les grands.

Aimer, elle sait le vivre, elle est née comme cela. Mais pas pour plaire aux autres, juste parlant à elle-même, comme elle parle aux arbres, aux chats, et aux oiseaux et eux qui lui répondent par jeu ou par amour.

On lui raconte depuis toujours qu'un jour l'homme viendra pour l'aimer. Quel jour ? Quel homme ? Elle l'ignore.

Elle est dans son corps d'enfant, libre de ses plaisirs. Sans justification, sans peur.

Quand dans l'effervescence des ses humeurs, elle laisse malgré elle s'échapper sa beauté, ses rires, ses rêves, elle se propulse dans l'infini qui n'a pas de nom. Par jeu, elle exulte ce qu'elle est et par jeu, elle est de plus en plus visiblement habitée par les joyaux de sa féminité. Ses rondeurs, ses parfums.

Alors venant du dehors les regards changent. Et plus personne autour d'elle ne s'émerveille de ses sourires, de ses gestes, de son corps qui grandit.

Au contraire les mots sont retenus, les yeux fuient de peur de ce qu'elle va devenir.

Mise sous observation pour qu'au plus vite elle rentre en elle et se cache, tel un outrage que l'on ne peut désirer.

Plus au dehors encore, c'est l'inverse, ceux qui ne l'avaient pas encore vus la voient. Plaisir à voler. Danger convoité, qui fait d'elle une proie.

Urgence à se protéger, à taire ce qui bouillonne de vie, à cacher cette sensualité qui devient honte, interdit de parler. Et le sang des femmes coule alors, celui qui signe cette honte, par son impudeur à se montrer.

Puis, un jour l'homme promis est là. Il touche l'intouchable, l'irraisonnable, les non-dits qui s'accumulent déjà, dans son corps à elle. Elle, qui ne saisit pas ce qui lui arrive.

L'homme tel un sauvage. Forçant la porte d'un monde qu'il prend pour un obstacle, lui retirant la vie, violant ce mariage intime et aimant avec elle-même, alors qu'elle lui fait don de ce qu'elle a de plus cher, son corps et sa mémoire de femme. Une mémoire vivante et créatrice, qu'il jalouse et va vouloir détruire.

Par un acte barbare il légifère sa place et l'occupe, laissant derrière lui la blessure de ses assauts et la trace de ses humeurs chargées d'irrespect et de domination.

Assommée par tant d'horreur, incapable de l'expulser, elle digère dans son temple, ce qui va la conduire à sa perte, petit à petit, insidieusement par la complicité d'un silence perpétré de mère en fille. Un silence qui fait que la promesse faite de l'homme est celle d'un génocide.

Ce n'est pas seulement son hymen qui vient d'être déchirée, c'est son âme. Pour que les filles, ne se montrent jamais des femmes libres.

Pour que les filles ne parlent jamais de ce qu'elles savent. Pour que les filles retiennent leur plainte et ne grandissent jamais.

Retenues dans la servitude de l'homme, avalant et digérant dans sa propre chaire l'outrage, la honte et la peur.

De quoi se plaint-elle ? Elle a un homme dans sa vie ! Le reste tout le monde s'en fiche. Et pourvu qu'elle se taise.

Alors elle se tait. Alors elle subit. Alors elle meurt.

Son homme, tout cela ne l'intéresse pas, il a son antre pour se satisfaire et cinq mille ans d'histoire pour justifier ses actes.

Alors elle apprend à jouir ou bien à simuler, pour faire de lui un dieu puissant, qu'elle accepte et admire, pour subsister.

Et dans le sillon du silence, les filles continuent d'être violées dans leur vraie virginité. Annulées, pour que perdure la race de l'homme producteur de misère, de violence et de guerre contre la femme et le féminin.

Un silence complice, qui n'informe pas et attire dans son gouffre la mort de ses jeunes filles qui ont dix ans.

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