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On m'a ouvert l'espace

J'ai longuement marché dans des traditions ésotériques, spirituelles, cherchant une autre mystique que celle rencontrée dans l’enfance. Je cherchais un autre message, ignorante que quelque soit le message donné, il était vidé de sa substance nourricière que je cherchais tant à recevoir, celle dont j'avais tant faim et soif que j'étais presque prête à tout pour m'y plonger.

On m'a fait des promesses personnelles, une vie meilleure dans l'au-delà, rencontrer le divin dans des ascèses, dans des temples de multiples obédiences.

Chargée jusqu'à l'épuisement, me croyant investie d'une mission sacerdotale, j'ai accumulé les lectures et expériences dans l'espoir d'arriver quelque part.


Cette quête sans fin, je m'y suis brûlée.

Je n'ai rencontré aucune oasis sur ma route pour apaiser la tristesse de mon âme, mais une eau stagnante, quelques extases, des refuges, et les semblants de quelques pouvoirs magiques dont je devenais craintive.

Qu'avais-je donc perdu en chemin pour taper aux portes de toutes ces traditions, courant et m'épuisant derrière un Saint-Graal de plus en plus inaccessible, m'éloignant de la possibilité sans promesse d'un mystère dont je me languissais ?

Peut-être parce que totalement égarée, au bord de la folie, par un geste de pitié et d'amour, par la loi des coïncidences, on m'a tendu la main, et comme, malgré la perte de moi, il me restait un peu de bon sens, je suis rentrée ailleurs.


Là, on m'a ouvert l'espace, celui de mon propre corps, celui-là même que j'avais oublié, maltraité, sur mon long chemin d'errance.

On m'a lavée avec une patience, une tendresse infinie qui continuent de me bouleverser chaque jour un peu plus. Affolée de tant de soins, habituée à cheminer seule et à préférer le ciel à la terre, je commence à me laisser faire, pour que soit calmée la fièvre des années de recherche et je garde, comme une aide précieuse et indispensable, la crainte de ne pas être à la hauteur de ce rendez-vous.

On m'a ouvert l'espace, mon corps, et l'étonnement est si grand que j'aime à répéter ces mots. Au creux de moi la résonance est délicieuse, charnelle.

On m'a rendu mon corps, ouvrant patiemment un espace, lui, seul intermédiaire, pont, entre différents mondes, sans que personne, moi compris, ne puisse interférer.


Il m'a semblé, tant la route fut longue, traverser la nuit des temps pour faire cette rencontre, celle d'un temple unique, duquel aucun dévot, guru, prêtre n'a la clef.

Un royaume où je vis, je respire, j'aime, je crée ; un lieu que je commence à visiter et dont me faire adopter ; un espace cloisonné où je n'entre pas comme dans un moulin. J'y entre avec respect, tendresse, passion sans déranger son silence ou ses rires, en écoutant s'il est opportun d'y parler fort ou de chuchoter, d'y pleurer ou d'y gémir, à l'abri de tout regard inquisiteur et punitif.

Un espace enfin ouvert, et là dans cet espace quelqu’un marche tandis que je suis assise chez moi, collée à la sensation de mon corps que l'on m'a donnée.

Quelqu'un marche et inaugure cet espace avec l'émerveillement d'un nouveau-né.

J'entre comme un animal qui désire être apprivoisé aspirant à un contact jusque-là inconnu, charnel, païen, amoureux, en dehors de ce que toutes les anciennes traditions m'avaient promis, m'éloignant d'un grand rêve, la rencontre avec mon corps.


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